Gérer sans se perdre : l’association gestionnaire face à la transformation de l’offre médico-sociale
Une effervescence
La transformation de l’offre médico-sociale est au centre des préoccupations des associations. Depuis plus de dix ans, les politiques publiques l’annoncent, et les personnes concernées l’attendent. L’association gestionnaire porte une responsabilité majeure dans cette transformation ambitieuse, qui doit aboutir à une société plus inclusive.
Préserver le projet « politique »
La gouvernance est responsable devant les autorités de contrôle, dans une politique administrée et normée. La transformation de l’offre bouleverse les équilibres historiques. Elle induit une réforme tarifaire, l’exigence de nouvelles compétences et de nouveaux modes d’organisation, dans un contexte contraint. Les gouvernances doivent parvenir à maîtriser cette complexité, au risque de privilégier un management technique.
La transformation de l’offre est une nécessité. Elle ne doit pas pour autant nier le rôle politique de la gouvernance bénévole, fondement de la liberté associative. Depuis la loi du 2 janvier 2002, et plus encore depuis la loi du 21 juillet 2009 qui a instauré les appels à projets, la relation entre l’association et l’autorité publique repose sur une logique contractuelle et d’appels à projets. L’autorité publique est le financeur, l’association le prestataire. Pour autant, l’association doit préserver son identité.
L’association gestionnaire, une association comme les autres ?
Au sens juridique, l’association gestionnaire est une association. Elle est aussi employeur ; elle n’est ni une association ordinaire, ni une entreprise. On pourrait la définir en ces termes : une association à but non lucratif qui, en vertu d’autorisations publiques, crée et fait fonctionner des établissements et services d’accompagnement, sur des ressources publiques administrées, en employant des professionnels, au titre d’une mission d’intérêt général dont elle répond devant l’autorité qui l’autorise, ses membres et les personnes accompagnées.
La transformation de l’offre : un bouleversement culturel et des tensions à arbitrer
L’association est historiquement portée par le sens et les valeurs de son projet, qui fondent sa légitimité autour d’une vision politique. Le contexte impose une exigence de conformité et un glissement : l’association est jugée sur sa gestion, au risque que celle-ci remplace la réflexion sur le sens.
L’organisation actuelle, fondée sur l’autorisation, fige les personnes accompagnées dans une structure et sur un territoire. La transformation de l’offre, fondée sur une logique de parcours, suppose que la personne circule entre structures et territoires. Cet objectif conduit à « déconnecter » les moyens des organisations gestionnaires. Il implique aussi de permettre aux personnes concernées d’agir et de trouver une place réelle dans les gouvernances.
La gouvernance de l’association gestionnaire est tiraillée entre le passé, le présent et le futur. Elle pose légitimement la question : « si je transforme, je défais des décennies d’histoire ; si je ne transforme pas, je risque de perdre la crédibilité qui assure ma pérennité ». Cette question n’est pas une résistance. Elle impose à la gouvernance de consolider le socle de sa « vision politique », au service d’un intérêt général qui transcende les organisations.
Ce que cela demande à la gouvernance
La transformation de l’offre est une nécessité, et la gouvernance doit s’approprier cette réforme. Elle ne doit pas s’effacer devant la complexité, afin de préserver le fondement même de la liberté associative et le rôle politique des corps intermédiaires.